Honneur aux compositeurs baroques français
Marc-Antoine Charpentier : Messe de minuit & Te Deum
André Campra : Exaudiat te Dominus
Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville : Dominus regnavit
samedi 28 novembre 2026 — 20h30
dimanche 29 novembre 2026 — 15h
Église Saint-Roch
296 rue Saint-Honoré - 75001 Paris
Véronique Housseau, soprano
Yété Queiroz, alto
Vincent Lièvre-Picard, ténor
Luc Dhénin, baryton
Le Chœur de la Trinité
Les Muses Galantes
Direction Till Aly
Au milieu du XVIIe et jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, la musique baroque française peut rivaliser avec celles de l’Italie d’Antonio Vivaldi, de l’Allemagne de Jean-Sébastien Bach ou de l’Angleterre de Henry Purcell et Georges-Frédéric Haendel. De Louis XIV à Louis XV, des compositeurs et musiciens talentueux sont recherchés pour satisfaire l’Église et la Contre-Réforme catholique et plus encore pour célébrer la puissance de la monarchie et de la noblesse. Ainsi, Jean-Baptiste Lully et Jean-Philippe Rameau font triompher l’opéra à la française, et l’art du clavecin de François Couperin reste aujourd’hui encore une référence en Europe.
Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) est l’un des grands compositeurs du patrimoine français, avec plus de 550 œuvres conservées en manuscrit. Son immense travail n’a pratiquement pas été édité de son vivant et reste encore aujourd’hui bien moins connu que celui de Lully ou de Rameau. L’homme lui-même, discret voire effacé, s’il a été simultanément loué ou critiqué, n’a pas alimenté la polémique qui pourtant faisait fureur à Versailles comme à Paris. Il a composé dans tous les genres : musique instrumentale, opéra, musique pour le théâtre et les ballets, mais c’est pour sa musique sacrée qu’il est le plus apprécié : messes concertantes, motets, leçons de ténèbres, cantates et histoires en musique.
La Messe de minuit à quatre voix, flûtes, et violons pour Noël (H. 9) est particulièrement originale par l’intégration de mélodies populaires françaises de Noël dans le tissu de la liturgie latine. Charpentier transforme ces airs familiers en une musique savante, en les faisant dialoguer avec le chœur, les solistes et l’ensemble instrumental. L’œuvre alterne ainsi des passages de caractère intime et contemplatif avec des moments plus lumineux et festifs, tout en conservant la structure traditionnelle de la messe.
Le Te Deum en ré majeur (H. 146) fut composé entre 1688 et 1698, alors que le compositeur était maître de musique à l'église jésuite parisienne de Saint-Louis de Paris. C'est un grand motet à la française, forme solennelle qui s'est développée sous le règne de Louis XIV, et met en musique des textes sacrés animés par un ou deux chœurs avec un riche accompagnement orchestral. Le compositeur l'a vraisemblablement composé ou au moins interprété pour un évènement important de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, qui pourrait être la bataille de Steinkerque en 1692 ou le traité de Turin en 1698. La fanfare d'ouverture de ce Te Deum est devenue célèbre en 1953 lorsque l'Eurovision l'adopta comme indicatif.
André Campra (1660-1746), en pleine lumière sous la Régence, mène une brillante carrière de maître de musique à Toulon, Arles, Toulouse puis Paris. Il partage son talent entre compositions lyriques et théâtrales d'une part et musique sacrée d'autre part, en particulier chez des jésuites au collège Louis-le-Grand, à l’instar de Marc-Antoine Charpentier. Mais à la différence de ce dernier, il saura très tôt faire éditer ses œuvres. Ce qui allait de soi pour les œuvres lyriques et l’opéra puisque le public devait pouvoir suivre et parfois critiquer le texte et la musique ! Mais il aura aussi publié de son vivant ses œuvres religieuses, cinq livres de motets et deux livres de cantates. Parmi ses œuvres religieuses les plus remarquables il faut citer la Messe ad majorem Dei gloriam (1699), les Motets pour la Chapelle royale (1723-1741), l’Oratorio de Noël (1710), la Messe de Requiem et le Te Deum composé pour la naissance du Dauphin en 1729.
Exaudiat te Dominus met en musique le Psaume 20 (19) « Que le Seigneur vous exauce dans le jour de l'affliction ». On y retrouve le style caractéristique de Campra, à la rencontre de la tradition française du grand motet, héritée notamment de Lully, et d’une écriture plus mélodique et expressive qui annonce certains traits du XVIIIᵉ siècle. La date exacte de composition n’est pas connue ; l’œuvre est généralement rattachée à la première période de la carrière parisienne de Campra, au tournant des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.
Né à Narbonne dans une famille aristocratique, Jean Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772) se révèle très tôt un violoniste talentueux. Installé définitivement à Paris en 1738, il bénéficie de la protection de Madame de Pompadour et obtient grâce à elle un poste de violoniste au « Concert spirituel » la première entreprise de concerts publics parisiens. Il en deviendra le directeur adjoint et chef d’orchestre puis le directeur. Mondonville a composé dans tous les genres : musique de chambre, clavecin, opéras et ballets, mais aussi musique sacrée avec trois oratorios malheureusement perdus et de nombreux petits et grands motets.
Dominus regnavit est l'un des 17 grands motets de Mondonville, dont seuls 9 nous sont restés. Composé en 1734, il est tiré du Psaume 93 (92) « Le Seigneur est roi, il s’est revêtu de majesté ». La musique se déploie en six grandes sections, qui suivent les différents versets du psaume jusqu’au Gloria Patri. Elle se caractérise par une écriture orchestrale très développée, des effets dramatiques et une grande virtuosité vocale, faisant évoluer le grand motet vers une expression plus théâtrale sans renoncer à sa fonction liturgique. En particulier, l'épisode Elevaverunt flumina, qui évoque les flots et leur puissance, est un véritable tableau musical des images du texte sacré.